Elections législatives genevoises : les raisons d’un engagement

En préambule, je tiens à dire que ma participation à cette campagne électorale est mue par les postulats suivants:

Le collectif DAL qui regroupe des personnes actives dans le social, la défense des Aînés, des locataires et de l'emploi entend participer aux prochaines élections municipales. Il s'associe à toutes les forces qui luttent pour maintenir et développer une protection sociale, la défense des personnes âgées, des locataires, la construction de logements sociaux, la préservation de l'emploi et une protection active de l'environnement urbain. Il présente, dans cet esprit, le programme qui suit.
Entrons maintenant dans le vif du sujet.


La situation à Genève

Dans notre canton, les inégalités augmentent aussi fortement comme dans le reste du monde : le 10% des salariés les mieux payés se partage le 42% de la totalité de la masse salariale et le tiers des salariés doivent se contenter du 8% de la masse salariale. La fonction publique est sur le qui-vive car les acquis sont fragiles. A la fin de l’année 2015, une offensive de la droite visait à la démanteler en augmentant le temps de travail, en supprimant les mécanismes salariaux, en réduisant les charges salariales de 5% sur 3 ans et en ne remplaçant pas systématiquement les départs à la retraite. Encore plus scandaleux, dans notre canton de multimillionnaires (1/3 -environ 2500- des 7000 multimillionnaires de Suisse vivent à Genève qui a le déshonneur d’être la huitième ville mondiale pour l’hébergement de ces parasites), 15% des citoyens renoncent à des soins médicaux pour des raisons financières, 64'000 personnes touchent l’aide sociale pour survivre et le taux de chômage est de 5,3%, contre 3,3% en Suisse, en janvier 2018 (12’408 chômeurs et 16.030 demandeurs d’emploi). Ces statistiques ne tiennent évidemment pas compte des gens qui sont complètement en dehors du système et des frontaliers licenciés. La population s’accroît et vieillit aussi (les plus de 65 ans augmentent de 2,5% par an et les plus de 80 ans de plus de 3,5% par an) donc les besoins augmentent en parallèle. La droite va toujours plus loin dans son offensive néolibérale et dans sa volonté de détruire la fonction publique et les acquis sociaux. Par exemple, il y a eu de nombreuses coupes linéaires dans les salaires qui représentent 34,9 milliards sur 3 ans (2015-2018). Ainsi le but recherché est de diminuer les impôts pour les plus riches au détriment de la classe moyenne, des écoles, des hôpitaux, des EMS et autres lieux de soins ainsi que des assurances sociales. Cela précarise notre population et est injuste. En outre, la population est confrontée, en plus de la vie chère, à une augmentation constante et scandaleuse des primes de l’assurance-maladie et des loyers. Selon une étude des HUG, 5% des Genevois ne seraient plus capables de payer leurs primes. Depuis 1996, les primes ont augmenté de 159% tandis que les coûts de la santé ont crû de 78%.


Inégalités dans la santé et les soins

De façon générale dans notre canton comme dans tous les autres pays capitalistes, on constate que les gens les plus précarisés sont ceux qui ont une santé parmi les plus fragiles et qui, pour des raisons économiques, consultent le moins les médecins. Par exemple, une étude récente a prouvé que les hommes ouvriers suisses entre 25 et 45 ans ont une probabilité de mourir qui est 45% supérieure à celles des cadres. Des inégalités sont aussi constatées au niveau de l’accès aux soins : une étude réalisée par l’Université de Genève, publiée en 2009, a démontré que le cancer de la prostate tue deux fois plus les pauvres que les riches. Moins les Genevois ont de revenus, plus ils hésitent à se faire soigner. Le rapport sur la pauvreté d’août 2016 du Conseil d’Etat remis au Grand Conseil précise : « Les individus à risque de pauvreté rencontrent davantage de problèmes de santé de longue durée (41% contre 31%) et sont plus souvent freinés dans leurs activités pour des raisons de santé. Cette statistique met également en évidence le fait que les personnes à risque de pauvreté renoncent 2,5 fois plus souvent aux soins que le reste de la population, et que cet écart est encore plus net si l'on considère les personnes en situation de privation matérielle » et : « Parmi les bas revenus (moins de 3'000.‐ CHF par mois), presque une personne sur trois a renoncé à des soins de santé (31.2%). Le renoncement aux soins dentaires est particulièrement élevé dans cette catégorie de revenus (plus de 26%), alors qu'il baisse sensiblement dans la catégorie suivante (3'000‐4'999 CHF) ». En moyenne 15% des Genevois renoncent à des soins pour des questions financières. Une étude de la Revue médicale suisse de 2009 indique que 60% des caries se concentrent parmi les 20% des enfants des ménages les plus défavorisés C’est pourquoi Ensemble à Gauche propose une assurance dentaire qui assure des soins de qualité pour chacun et d’augmenter les effectifs des HUG.


Inégalités sociales et économiques

Noam Chomsk, dans son ouvrage : « le profit avant l’homme » nous apprend que : « les grandes compagnies du monde ont bénéficié d’une aide décisive des pouvoirs publics…et qu’au moins 20 compagnies classées dans les 100 premières par la revue Fortune en 1993 n’auraient pu survivre de manière indépendante si elles n’avaient pas été sauvées par leurs gouvernements respectifs » et cet auteur poursuit au sujet de l’intervention de l’état qui: « a joué un rôle clé dans le développement et la diffusion de nombreuses innovations, en particulier dans l’aérospatiale, l’électronique, l’agriculture moderne, la technologie des matériaux et celle des transports, l’énergie ». De grands penseurs tenant du capitalisme nous ont d’ailleurs avertis des possibles ravages de ce système. Adam Smith (1723-1790) préconisait la régulation de l’état et affirmait qu’une telle intervention serait toujours juste si elle se faisait en faveur des travailleurs. Pourtant Genève est une ville riche. Elle est placée dans les dix premières places financières du monde, gère 10% de la fortune privée mondiale et est au premier rang mondial dans le financement du négoce. Elle héberge aussi 500 sociétés de commerce et de négoce. En 2013, le bénéfice net total des entreprises qui payent l’impôt imposé dans le canton s'est monté à 25,5 milliards de francs et le capital propre des entreprises taxé à 174,3 milliards. En 2016, les travailleurs de notre canton ont produit l’équivalent de 47,3 milliards de francs. Notre canton héberge plus de 2500 multimillionnaires dont les avoirs dépassent les 30 millions de francs. Les quatre familles les plus riches de notre canton possèdent une fortune de 10 milliards de francs. La fortune de ceux qui peuvent bénéficier d’un bouclier fiscal est de 54,2 milliards. Il y a 104 établissements bancaires à Genève et 140 multinationales. Notre ville est considérée comme la 17ème ville la plus puissante au monde. Au niveau Suisse, en 2016, le résultat consolidé des banques est de 62,5 milliards de francs et les actifs sont de 6650 milliards de francs. A noter que la Suisse héberge près de 7000 multimillionnaires et que notre pays et le 7ème pays qui compte le plus de multimillionnaires. Tandis que la fortune de ces messieurs prend des proportions indécentes, la population, elle, s’appauvrit ou stagne. Ainsi 64'000 personnes touchent une aide de l’Hospice général (les bénéficiaires restent plus longtemps qu’avant à l’Hospice) et 15% de la population renonce à des soins pour des raisons financières. Le risque de pauvreté est de 30% plus élevé à Genève que dans le reste de la Suisse. Malheureusement, dans bien des cas, les salaires ne suffisent plus pour compenser les problèmes financiers. De 2008 à 2012, les salaires les plus bas ont augmenté seulement de 1% et les plus élevés de 6%. Le rapport sur la pauvreté précité nous apporte des précisions stupéfiantes : « L'Enquête suisse sur la structure des salaires démontre qu'en 2012 à Genève, presque un salarié sur six (17.73%) percevait un salaire effectif brut inférieur à 3'000.‐ CHF par mois et que plus d'un salarié sur dix (10.93%) recevait un salaire effectif brut inférieur à 2'000.‐ CHF par mois… En corrélant ces informations avec le sexe, on constate que plus d'une travailleuse sur quatre (25.5%) gagne un salaire mensuel effectif inférieur à 3'000.‐ CHF, soit 2,5 plus que les hommes (10.93% ». Ce même rapport critique par ailleurs le désengagement des employeurs au niveau des salaires insuffisants, qui sont compensés par des prestations sociales de l’Etat. Donc certains employeurs s’enrichissent sur le dos des travailleurs et de l’état. Un comble. Il est grand temps de remédier à cela par des mesures politiques fortes. Les organismes caritatifs ont toujours plus de travail à effectuer ce qui indique une augmentation de la pauvreté. Caritas estime aussi qu’un certain nombre de personnes renoncent à se faire aider donc le nombre de personnes dans la pauvreté serait supérieur aux chiffres connus. Une fiscalité juste doit permettre à l’état d’assurer son rôle pour la redistribution des richesses, de préserver le bien commun et de faire les investissements nécessaires dans les secteurs de la santé, de l’enseignement et des infrastructures notamment. Mais pourtant, depuis 1999, on ne cesse de diminuer les rentrées fiscales notamment et surtout pour les plus riches. L’un des arguments favoris de la droite est que Genève dépense trop pour ses habitants. Pourtant, malgré l’accroissement de la population (488'066 résidents en 2015 et 492933 en 2016) les dépenses de notre canton vont croître seulement de 1,3% alors que celles de la Confédération vont augmenter de 2,5%. C’est à ce titre que le journal « PME Magazine » de décembre a reconnu que notre canton a été financé avec une très grande rigueur et a eu la note de 6 pour sa gestion budgétaire. L’autre argument est que toute augmentation d’impôts ou de remises en cause des boucliers fiscaux fera fuir les riches. Mais c’est oublier que Genève offre un certain nombre d’avantages. En effet, selon le site Fondation Genève Place Financière, les avantages de notre ville sont mis en avant : « Située au cœur de l’Europe, Genève est connectée en permanence non seulement avec le vieux Continent, mais aussi avec les centres financiers asiatiques et américains, faisant de la place financière genevoise un hub de pointe dans la gestion de fortune…Genève offre un environnement favorable…grâce à des infrastructures de qualité et à une main d’œuvre hautement qualifiée…à ce tableau s’ajoute sa tradition multiculturelle… ».On comprend donc que la fiscalité n’est pas l’unique motif. De plus, il y a déjà eu 9 baisses d’impôts à Genève depuis 1999 qui coûtent 1 milliard par an au canton. L’Etat se prive aussi des allégements fiscaux en faveur des entreprises ce qui représente un manque à gagner de 85 millions. Malgré cette générosité, les milieux patronaux continuent à nous répéter la même propagande mensongère pour payer toujours moins d’impôts et s’enrichir au détriment de la population et des biens communs. On pourrait aussi parler de la RIE III qui a été rejetée par les Genevois à 52,27% en février 2017 et qui, si elle avait été adoptée, aurait encore représenté un manque à gagner de 600 millions de francs pour l’Etat. Plus scandaleux encore, le Conseil d’Etat se penche sur une RIE III renommée PF 17 et qui risque de faire perdre 350 millions à l’Etat. De plus, cet argument est faux car la suppression des niches fiscales dans les cantons de Zürich et de Schaffhouse n’ont pas fait chuter les revenus de l’Etat. Le bouclier fiscal pour les riches créé en 2009 occasionne un manque à gagner de 115 millions par an ; en 2011, il y a eu un bouclier fiscal pour les actionnaires qui ne déclarent que 50 à 60% de leurs revenus (manque à gagner de 75 millions) alors que nous, salariés, déclarons jusqu’au moindre centime. C’est pourquoi Ensemble à Gauche demande une fiscalité plus juste en :

Ensemble à Gauche désire faciliter la vie de ses concitoyens et c’est pourquoi elle propose :

  • une diminution des loyers de 8%
  • un plafonnement des primes de l’assurance-maladie à 10% du revenu
  • un salaire minimum à 4200 francs

  • Quelques réflexions pour aller plus loin

    Ci-dessous, je vous livre quelques propositions personnelles pour lutter contre le chômage et la précarité. Les conventions collectives doivent être étendues dans tous les secteurs (environ 52% des travailleurs et 62% des entreprises n’en disposent pas dans notre canton) et la lutte contre le dumping salarial doit être accentuée : le taux de sous-enchère salarial à Genève reste important. Les employeurs qui pratiquent le dumping doivent être systématiquement et adéquatement amendés puisque, selon le SECO, en 2011, les amendes sont en moyenne de 1129 francs. Grâce à l’application indirecte de l’IN 151, il y a maintenant un renforcement pour contrôler les entreprises et la sous-enchère salariale mais est-ce suffisant ? Ce phénomène reste préoccupant au regard des cas découverts. En 2014, sur les 1390 entreprises contrôlées à Genève et qui disposaient d’une CCT, 15% pratiquaient la sous-enchère salariale. En 2016, ce taux est de 11 à 12% pour 10'719 travailleurs contrôlés. Pour résorber efficacement le chômage, la création d’emplois sans une forte valeur ajoutée (par exemple l’application de l’IN 125, qui n’a jamais été appliquées, permettrait de créer environ entre 500 et 600 emplois dans les EMS) car Genève ne cesse d’attirer de grandes entreprises dont certains emplois proposée requièrent des compétences pointues dans certains domaines bien spécifiques comme la finance ou l’informatique. Le travail devrait être considéré comme un droit et non comme un privilège ; chaque habitant de Genève doit avoir un emploi décent garanti. Pour éviter les abus patronaux qui provoquent du chômage et de la précarité, il serait nécessaire de donner plus de droits et de prérogatives aux commissions du personnel et de renforcer efficacement la protection des délégués des travailleurs. Nous devrions aussi aider les entreprises qui créent des emplois, qui s’impliquent et qui s’investissent pour préserver le tissu social du canton. Il y a environ 34’000 PME (est définie comme PME une entreprise qui emploie moins de 250 personnes) à Genève qui représentent 50% des emplois. Pour diminuer le chômage, il faudrait notamment obliger les entreprises à engager les chômeurs qui leur sont envoyés par l’état car trop souvent ces dernières s’en débarrassent dès la fin de leur mission (si ces derniers donnent satisfaction au niveau de leurs prestations). De plus, les entreprises qui délocalisent devraient être pénalisées si elles ont bénéficié de l’aide de l’état. Les licenciements économiques et les fusions doivent être interdits pour les entreprises qui engrangent des bénéfices. Un système de bonus/malus pourrait être instauré pour la fiscalité en fonction du respect du rôle social des entreprises (engagement de chômeurs, création d’emplois, respect de l’environnement et du droit du travail, achat des produits locaux, etc..). La fiscalité devrait favoriser les PME qui créent des emplois et qui préservent le tissu social de notre canton. Pour finir, la mobilité douce et l’extension des transports en commun de qualité et d’un prix abordable doivent être favorisées afin de lutter contre la pollution et d’améliorer la qualité de vie. Un lien pourrait être effectué entre les entreprises qui subventionneraient un abonnement TPG pour leurs employés ou mettraient à disposition des vélos et une optimisation fiscale.